Mourir dans la dignité ou… dans l’indignité ?

Mourir dans la dignité ou… dans l’indignité ?

Posté le décembre 6, 2014 par Ressources Soins Aînés Québec en Blog - Français, Droit des aînés, Éducation, Éducation aux Aidants, Information de Soins de longue durée, Site pour Soins Palliatifs

 


Mourir dans la dignité ou… dans l’indignité ?

À l’heure où la communication via internet bat des records de vitesse par sa diffusion immédiate des informations, nous vivons en direct un suspens tragique, sans précédent, hors norme et impudique. Un homme de trente huit ans, Vincent Lambert, tétraplégique suite à un accident de moto, git en milieu hospitalier dans un état végétatif chronique, dans un état de conscience minimale, depuis cinq ans.
Sa famille, divisée, quant à la poursuite ou la cessation de son maintien en vie, se déchire en un combat digne d’une tragédie grecque. La mère drapée dans sa souffrance, dans le déni  d’une situation irréversible, crie, hurle que l’on sauve son fils, appelle de toutes ses forces, l’intercession des dieux à travers une médecine impuissante désormais à le ramener à lui même. Des parents qui, dans leur folle obstination, exigent le maintien en vie de leur fils contre l’avis médical. Une épouse douloureuse et digne, Rachel, mère de leur enfant de cinq ans qui ne connaîtra jamais le regard de son père, s’appuie sur le bras de François, le neveu de son mari, pour faire valoir son droit à être  enfin libéré du joug d’une souffrance inutile.

Les enjeux juridiques et les clivages de cette famille décomposée surabondent, interminables et délétères : d’un côté l’intégrisme religieux, possessif, militant et aliénant des parents, d’un demi-frère et d’une soeur, de l’autre, la liberté de penser  et l’oblation d’une femme qui s’exprime également sur les déchirements au sein de la famille : « Laisser partir Vincent est ma dernière preuve d’amour. La décision du tribunal administratif rajoute  de la violence à la violence  alors que  le laisser partir est l’ultime preuve d’amour qu’on peut lui apporter. Je pense à mon mari, je me demande où il est dans tout ça, il avait clairement signifié son refus de tout acharnement.

Avec ceux qui demandent l’acharnement à tout prix et la vie coûte que coûte, le dialogue est difficile. Il y a des antagonismes trop forts et du moment qu’on nie à Vincent le droit d’être ce qu’il a été, le débat est clos « .

On oublie souvent Vincent, dépossédé de lui-même. Vincent sur lequel tout a été tenté sans amélioration, aucune. Vincent enchaîné à son lit, sur le visage duquel coulent parfois des larmes, des larmes christiques de souffrance sans parole. Vincent qui ne peut plus parler en son nom propre et qui devient l’objet d’une bataille sans merci. Vincent dont le funeste destin est devenu une affaire d’état.
» Mon mari est où, dans tout ça ?  » interroge Rachel.

Vincent était infirmier  et connaissait ce genre de situation dont il était témoin en tant que soignant. Il avait clairement exprimé  à sa femme, elle-même infirmière et à son neveu François qu’il ne souhaiterait pas vivre ainsi. Ce dernier en a témoigné sur les ondes, dépositaire des paroles de Vincent qui lui avait déclaré :

« Si j’étais dépendant de quelqu’un, je préfèrerais mourir. Si je suis dans le coma comme ça, sans aucune vie, je ne vois pas de spiritualité là-dedans, je préfère mourir. »
Ce testament de Vincent, pourquoi n’est-il pas respecté ? Pourquoi cet acharnement idéologique et non thérapeutique autour d’un homme instrumentalisé au nom d’une vie qui n’en est plus une.
Condamné à perdurer dans cet « Outremonde », dépendant d’appareils qui ne sont plus qu’une tuyauterie assassine, peut-on parler de « sauvetage » de la vie de Vincent ? Ne sommes-nous pas en train d’assister à une querelle des anciens et des modernes, à  une folle bataille clanique qui prive les médecins de leur droit d’interrompre un acharnement thérapeutique devenu mortifère ?

Cette déraison parentale nous amène à nous poser la question du droit de vivre et du droit de mourir.
Nous ne sommes pas dépositaires de la vie de ceux que nous avons engendrés. Aimer son enfant, c’est aussi lui accorder le droit de partir lorsqu’il n’y a plus d’espoir pour lui de retrouver sa place en tant qu’être autonome et pensant. La détérioration neurologique de Vincent, sa conscience irréversiblement altérée a eu raison des tentatives médicales. Tout a été tenté.

La mort d’un enfant est un drame inconcevable et irrecevable. Un arrachement sur lequel les mots souvent perdent leur sens.

Pierre et Viviane Lambert, ouvrez-vous à l’amour, à l’amour désintéressé, au nom de l’amour que vous dites porter à Vincent. Vous le dépossédez de sa dignité d’être.

Le spirituel n’implique aucunement l’enchaînement à des croyances mais le renoncement à toute forme d’asservissement quel qu’il soit. Vous vous comportez en « dictateurs » d’une foi totalitaire qui eut,  à une autre époque, emmené au bûcher ceux qui ne prêchaient pas votre parole.

Apprivoiser l’absence est le travail du deuil.
Puisse cette période terrible, poignante et vestibulaire d’arrachement vous permettre de grandir en conscience afin de permettre à Vincent ce départ tant appelé… et mérité.
Aimer, c’est pouvoir accueillir en soi le renoncement pour laisser à l’autre la permission de s’envoler.
Ite missa est !

Martine Gercault
Psychologue, Psychanalyste, Psychothérapeute, Hypnothérapeute, EMDR et Transpersonnel, Didacticienne, Superviseure.
Membre individuel FF2P (Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse)
http://www.psycho-ressources.com/psychanalyste/paris/martine-gercault.html